Petite ceinture : nous ne voulons d’un centre commercial à ciel ouvert !

Le Groupe écologiste a exprimé son inquiétude lors du Conseil d’arrondissement de septembre quant à la délibération d’aménagement de la Petite Ceinture.

Comme les parisiens et les habitants du 19e, nous sommes très fortement attachés à ce lieu unique et riche. La Petite Ceinture tire sa richesse de son caractère patrimonial fort avec ses ouvrages et ses bâtiments, de son patrimoine naturel aussi, qui s’y est développé en partie spontanément. Surtout, la Petite Ceinture est riche du vaste champ des possibles qui s’offre à nous depuis que la Ville a décidé de se la réapproprier, de l’investir et de l’ouvrir au public. 

Cette délibération propose la création d’une Société par Actions Simplifiées entre la Ville et SNCF-Réseau qui en seraient les seuls actionnaires pour la mise en valeur de la Petite Ceinture et de ces bâtiments. Cette mise en valeur est envisagée à travers une programmation issue des recommandations émises par un groupement de cabinets spécialisés en développement économique et commercial. Des travaux de réhabilitation et de constructions sont prévus pour accueillir ces nouveaux usages.

Si la réhabilitation des bâtiments de la Petite Ceinture est une bonne nouvelle, la stratégie envisagée semble alarmante à plusieurs égards.

D’abord, elle va à l’encontre de la vision portée jusqu’ici, celle d’un espace de nature à aménager et à préserver pour une ouverture au public et dans le respect de son identité et de sa fonction : un corridor écologique. Cette vision n’est pas seulement celle des écologistes : elle est partagée par la majorité municipale et ce depuis 2015, année de la signature du protocole cadre entre la Ville et la SNCF. Cette année-là, plusieurs ont actés le principe de la préservation de la biodiversité et du rôle de corridor écologique de la Petite Ceinture et  la vocation à la fois sociale, environnementale et pédagogique des aménagements la concernant. Cette volonté de développer un projet, respectueux du réservoir d’histoire et de biodiversité qu’est la Petite Ceinture semble soudain s’effacer pour laisser place à la marque Petite Ceinture et ses produits dérivés au profit d’une stratégie de valorisation commerciale et marketing.

Ensuite, la démarche de développement économique qui est proposée dans cette délibération nie l’existence des caractéristiques fondamentales de la Petite Ceinture qui en font ce lieu si particulier.  En conséquence, au lieu de le mettre effectivement en valeur, la logique commerciale viendrait gâcher ce qui fait la beauté et la richesse du site. Nous ne souhaitons pas que la Petite Ceinture soit transformée en centre commercial à ciel ouvert et les parisiens non plus.

Concernant le patrimoine bâti, la réussite d’un tel projet nécessite de considérer le site dans son ensemble avec son histoire et non simplement d’accueillir une activité commerciale  en tenant compte de « l’ambiance urbaine et des dynamiques de quartier » comme indiqué dans la délibération.

Le patrimoine naturel est ici quasiment absent des préoccupations alors que les réhabilitations, extensions et constructions envisagées devront s’insérer dans un corridor écologique à préserver. Là encore, la logique de développement commercial s’illustre par son mépris du lieu où elle entend s’implanter. Il n’est, d’ailleurs, jamais question de paysage et à peine de biodiversité.

La programmation envisagée vise la pluri-activité, dès lors que le site le permet, pour une diversité des usages, publics et opérateurs. Ici encore, la démarche est très éloignée de celle menée jusqu’à présent et beaucoup moins pertinente. Est-ce l’aboutissement des longues et coûteuses consultations citoyennes organisées par des collectifs sur les différents tronçons : privilégier l’accumulation des activités commerciales pour une plus grande rentabilité ? Une chose est sûre, cela ne correspond pas aux demandes citoyennes qui sont faites depuis plusieurs années déjà.

Au regard de ces éléments, le champ des possibles parait bien restreint. Un projet régit par une logique commerciale vise davantage la rentabilité économique que la créativité, l’innovation et la qualité de ses propositions. Bien entendu, nous comprenons la volonté d’amortir les investissements nécessaires aux travaux de réhabilitation. Mais la question qui doit nous guider pour l’aménagement de la Petite Ceinture est-elle « que voulons-nous ? » ou « combien ? ».

Le choix des professionnels auxquels la Ville a fait appel s’impose comme une triste réponse : pas d’architectes, pas d’urbanistes, pas de paysagistes, pas d’écologues  mais des cabinets spécialisés en développement économique et commercial. La Petite Ceinture n’est pas un terrain nu isolé. C’est un territoire vivant au cœur d’un tissu urbain dense et son avenir impactera de nombreux habitants.

Avec la démarche présentée ici, le champ des possibles se réduira d’ailleurs pour beaucoup d’entre eux. Nous le savons, le développement commercial implique la privatisation de bâtiments et d’espaces, excluant d’office les publics les plus modestes. Ici, dans le 19e, la majorité a toujours défendu une Petite Ceinture ouverte à tous. Vous le savez, cet aspect est fondamental dans un arrondissement populaire comme le notre.

Il ne s’agit donc pas uniquement d’opter pour tel usage sur tel tronçon d’une ancienne voie ferrée. Il s’agit de choisir la ville que nous voulons et la Petite Ceinture en est un espace incroyablement stratégique. Selon l’utilisation que nous en faisons, elle peut être un formidable outil pour effacer les frontières et faire le lien entre le végétal et le bâti, des publics d’horizons différents et Paris et sa banlieue. L’enjeu métropolitain est ici, vous l’aurez compris, très important. Nous ne pouvons pas laisser passer cette occasion en transformant la Petite Ceinture en une énième rue commençante piétonne avec simplement plus de végétation.

La programmation envisagée reste floue mais ses grandes lignes directrices vont entièrement à l’encontre de la démarche que nous, la majorité municipale, avons construite et portons ensemble. Ainsi, suite au refus de retrait de la délibération, le Groupe écologiste a donc décidé de voter contre celle-ci.

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