Simplification des consignes de tri à Paris : un progrès certes, mais les défis restent immenses

Les écologistes militent de longue date pour la réduction des déchets à la source. Depuis les années 1950, le volume de la poubelle des parisiens a presque doublé, passant de moins de 300kg par an et par habitant à près de 600kg, le « pic » ayant été atteint en 2010.

Depuis cette date, et grâce aux actions prévues et mises-en-œuvre dans le cadre des Programmes locaux de prévention des déchets, le volume de nos poubelles est en train de baisser : il s’établissait à 587 kg / habitant en 2017, contre 499 kg en 2019, soit une réduction de 15%.

Mais 499 kg de déchets par an et par habitant, c’est toujours trop, d’autant qu’à ce jour, une part significative de ces déchets n’est toujours pas valorisée. A Paris, selon les derniers chiffres, moins de 20% du contenu de nos poubelles sont recyclés.

Cette faible performance de recyclage tient à plusieurs facteurs, et notamment à la relative complexité des consignes de tri. Malgré plusieurs campagnes de communication, les parisiens ne savent toujours pas très bien quoi mettre dans le container à couvercle jaune, celui qui accueille le papier, le carton, les emballages plastiques, aluminium…

C’est pourquoi la municipalité parisienne a décidé en janvier 2019 de simplifier les consignes de tri : dorénavant, TOUS les déchets plastiques (y compris sacs plastiques, pots de yaourt, barquettes de jambon, etc.) peuvent être placés dans la poubelle « jaune », ce qui n’était pas le cas auparavant. L’objectif étant que cette simplicité accrue de la consigne facilitera le tri, permettra de capter des flux plus importants de déchets valorisables, et donc in fine, boostera le recyclage.

Mais gardons à l’esprit que l’extension des consignes de tri à tous les plastiques ne signifie pas qu’aujourd’hui, ils peuvent tous être recyclés. En effet, dans les conditions socio-économiques actuelles, le recyclage d’un pot de yaourt ou d’une barquette de jambon est plus coûteux que sa production à partir de matières premières. Il n’existe donc pas en France de filières permettant le recyclage de ce type de déchets en plastique fin et très composite.

Le tri qui n’est plus opéré par les habitants (entre plastiques recyclables – de type PET 1 et 2 globalement –  et non recyclables) l’est par des machines de tri optique plus performante. En fin de compte, les plastiques recyclables le seront, les autres seront incinérés.

Il reste donc essentiel de modifier nos habitudes de consommation et de peser – via les normes et la fiscalité – pour un changement des processus de production, de sorte à générer moins de produits à usage unique, non recyclables.

De ce point de vue, en tant qu’écologistes, notre conviction est que seule une réforme de la fiscalité des déchets permettra un véritable « changement de braquet » en matière de réduction et de recyclage des déchets.

Du point des producteurs, il s’agit de désinciter fiscalement à la production d’objets non durables, non recyclables, voire d’interdire ceux qui causent le plus de préjudice à l’environnement (cas des pailles, des couverts et autres gobelets en plastique…)

Du point de vue des consommateurs, donc des habitants de Paris, nous préconisons de longue date le passage de la TEOM (taxe d’enlèvement des ordures ménagères, basée comme la taxe d’habitation sur la valeur locative des biens occupés) à la REOM (redevance d’enlèvement des ordures ménagères), dont le principe est celui d’une taxation en fonction de la quantité de déchets traités, ou encore non triés.

Les modalités de sa mise-en-œuvre à Paris seront assurément complexes à définir. Mais notre conviction est que sans incitation financière, et malgré la simplification des consignes de tri, les niveaux de recyclage à Paris resteront insuffisants.

Il nous faut ainsi continuer à plaider sans relâche pour une véritable fiscalité écologique en matière de gestion des déchets.

 

 

Source : Rapport annuel sur le prix et la qualité du service public de prévention et de gestion des déchets ménagers et assimilés – 2017 : http://filer.paris.fr/parisfr/rapport_sur_le_prix_et_la_qualite_du_service_public_de_gestion_des_dechets_2017.pdf

 

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