Intervention de Jean Artigues en hommage à René Le Prévost

Mr le Maire, Mesdames et Messieurs les Adjoints, mes chers collègues,

Au moment de rendre hommage à René LE PREVOST, nous devons réaliser l’écart qui nous sépare du monde qu’il a connu, et qu’il a contribué à faire évoluer.

Naître en 1918, c’est grandir avec ces millions de blessés, d’invalides, de « gueules cassés » qui sont revenus marqués, handicapés de la guerre de 14-18. Ces « gueules cassées », dont son père, sont tous ceux dont le visage a été mutilé dans les combats. Ils étaient tellement nombreux ces “Gueules Cassées”, que jusque dans les années 60 il existait une loterie pour leur venir en aide. Certains d’entre nous se rappellent peut-être cette Loterie des Gueules Cassées.

Naître en 1918, pour René Le Prévost qui obtient son certificat d’étude en 1930, c’est avoir un diplôme qui est déjà sélectif. Dans ces années, les diplômés sont rares, quelques pour cent de la population. En 1930 il y a 15 000 bacheliers. Près de  60% des enfants quittaient l’école sans aucun diplôme, et commençaient à travailler à 12-13 ans. Sans congés payés, et avec des horaires d’environ 50h par semaine.

Il va donc commencer à travailler comme garçon-boucher, il a à peine 13 ans.

Puis s’engager avec le Front Populaire, comme il le fit, c’est participer à des avancées majeures :

·   La semaine de 40h. La durée du travail n’était pas de 40h, mais au-delà, il devait y avoir paiement d’heures supplémentaires

·   Deux semaines de congés payés

·   Scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans

Naître en 1918, c’est être incorporé en 1938, pour un service militaire de deux ans; tout en étant mineur. La majorité était alors à 21 ans.

La déclaration de guerre de 1939 le maintient sous l’uniforme. Son unité participe aux combats de mai-juin 1940. Combats qui firent 90 000 morts du côté français, en quelques semaines.

Puis René Le Prévost sera fait prisonnier, emmené en captivité, d’où il s’évade en 1942.

Il a alors 24 ans. Mais déjà 8 ans d’activité professionnelle, et 4 ans sous les drapeaux, dont deux comme prisonnier de guerre…

Je ne tiens pas à faire sa biographie mais à souligner l’écart entre ses conditions de vie et les nôtres.

Et pour bien réaliser l’évolution de nos conditions de vie, voici comment ont évolué les congés et la durée du travail depuis 1945:

1956 : 3ème semaine de congés payés

1968:  4ème semaine de congés payés

1981: 39h hebdomadaire et 5ème semaine de congés payés

2000: 35h hebdomadaires

Ces avancées sociales sont les fruits d’un long combat dont nous devons être reconnaissant à René Le Prévost, et à tous ceux qui y participèrent. 

Rien n’était acquis, rien n’est acquis.

Et c’est à nous de continuer ce combat.

Merci.

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