Pilules de 3e génération, Médiator : les mêmes causes… (Bernard Jomier)

Alors que l’affaire du Médiator n’est pas terminée, une nouvelle crise du médicament vient de surgir.

Cette fois, ce sont les pilules contraceptives qui sont accusées. Celles dites de 3e et 4e générations sont sur la sellette, mais aussi une pilule beaucoup plus ancienne : Diane 35.

Rappelons qu’il y a également peu de temps, une classe d’anti-inflammatoires appelée Coxibs a subi le même sort, et que les médicaments traitant la maladie d’Alzheimer ont été discrètement mis sous le tapis : ils produisaient plus d’effets secondaires que d’effet thérapeutique.

Pas besoin d’être un spécialiste de la santé pour constater qu’il y a un sérieux problème dans la politique du médicament en France.

A chacune de ces crises, la réponse des pouvoirs publics est fragmentaire quand elle n’est pas totalement inadaptée.

Sur les pilules contraceptives, la décision de non remboursement  prise  par le ministère après la médiatisation d’un accident imputé aux effets secondaires d’une pilule de 3ème génération est illogique : si le danger est réel, que changera le déremboursement ? Il faudrait alors retirer le médicament du marché pour protéger les femmes !

Quant à l’éventuelle prescription réservée aux spécialistes,  elle est simplement stupide : ce sont les médecins spécialistes qui sont les premiers à prescrire les derniers médicaments sortis !

C’est le cas des pilules dites de 3e et 4e génération dont les gynécologues sont particulièrement friands, et dont il faut se souvenir qu’ils n’ont pas manqué de répéter aux femmes qu’elles étaient plus sures et qu’il était grand temps que leur généraliste s’agenouille devant ce formidable progrès !

Ce sont les différents acteurs du système du médicament qui doivent être interrogés :

L’industrie pharmaceutique ? Elle met et maintient sur le marché des médicaments qu’elle devrait retirer d’elle-même. Mais  elle se comporte plus en industriels soucieux de leur chiffre d’affaires qu’en acteurs responsables de la santé publique. Au cœur du système français de prescription, elle  inonde les médecins de publicités tronquées et incite ses visiteurs médicaux à  booster le nombre de boites prescrites.

Le ministère de la santé ? Il n’ignore pas ce que les médecins savent, mais n’a jamais voulu porter atteinte aux intérêts de l’industrie pharmaceutique, qui ne manque pas de relais dans le monde politique.

Les agences de santé ? Elles sont défaillantes, prises dans les conflits d’intérêts de leurs responsables, à la fois juges et parties, dépendantes de l’industrie pharmaceutique et chargées d’autoriser ou non un médicament.

Les médecins prescripteurs ? Ils peuvent manquer de prudence et de sens critique en acceptant de puiser leurs informations dans une presse médicale relayant complaisamment les messages de l’industrie pharmaceutique. C’est une particularité bien française : chaque jour, les médecins reçoivent gratuitement des journaux médicaux qu’ils n’ont pas payé et qui leur bourrent le crâne de moult publicités trompeuses sur des médicaments. La revue Prescrire – payante et sans publicités- est une des seules à avoir tiré depuis des années la sonnette d’alarme sur le Mediator, les coxibs ou les pilules de 3e génération.

Les patients ? Ils sont souvent insistants à réclamer la prescription du dernier médicament sorti, conditionnés par la pression de la presse Santé et par l’absence de culture scientifique qui leur fait oublier que tout médicament a un rapport bénéfices/risques.

Ce système de prescription où l’on voit une autorité politique défaillante et complaisante, des agences de santé engluées dans les conflits d’intérêts, une industrie pharmaceutique surtout soucieuse de développer ses ventes et des médecins et patients soumis à un discours publicitaire intense et trompeur,  c’est le système français.

Si rien ne change dans ce système, les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Seule une politique du médicament séparant strictement les fonctions de prescription, d’information, de mise sur le marché et de contrôle peut permettre d’éviter qu’à l’avenir un médicament dangereux puisse rester 10 ans sur le marché, être prescrit, remboursé par l’assurance maladie et tuer 2 000 personnes…sans en guérir une seule comme le fit le Médiator.

Seule une politique d’information indépendante rappelant aux usagers qu’il n’est pas de prescription sans risque, et que celui-ci doit être analysé loin des emballements médiatiques ramènera un peu de sérénité et de confiance dans un système de prescriptions qui enchaîne les dérives.

Il est d’autant plus urgent d’agir qu’au rythme actuel, nombre de femmes risquent de jeter leur pilule avec l’eau du bain, et que les conséquences pourraient en être dramatiques.

 Dr Bernard JOMIER

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